Frankenstein au Trident : Pourquoi m’as-tu tiré du néant?

4 Fév
Oubliez les bolts dans le cou, ici. Les maquillages sont beaucoup mieux fait...

Oubliez les bolts dans le cou, ici. Les maquillages sont beaucoup mieux fait…

Ayant offert à l’être aimé des billets pour les trois pièces de cet hiver au Trident, je dois avouer que celle qui m’intéressait le moins d’emblée était l’adaptation théâtrale de Frankenstein. Le texte de Nick Dear, mis en scène à Londres par le cinéaste Dany Boyle (Trainspotting, 28 days later, Slumdog millionnaire, 127 hours), est présenté pour la première fois en français dans une production conjointe du Trident et du Théâtre Denise-Pelletier.

Pourquoi une énième adaptation, donc? Qu’est-ce que le théâtre peut apporter à l’œuvre? Et surtout, pourquoi choisir, au Québec en 2013, de la mettre en scène?

Je n’ai pas trouvé réponse à toutes ces questions. Mais oui, j’ai trouvé la pièce pertinente et le texte, tout en étant tout à fait fidèle à l’œuvre d’origine, amène un nouveau point de vue intéressant, celui du monstre.

Mais qui est le monstre en fait? Le créateur ou la créature?

Parce que c’est du point de vue de cette dernière que l’on appréhende l’histoire cette fois-ci. « Pourquoi m’as-tu tiré du néant? », demande-t-elle. Métaphore adolescente, quête identitaire, réflexion sur la parentalité, à plus forte raison que le Dr. Frankenstein, jeune fiancé, se désintéresse complètement de sa famille pour se consacrer à ses recherches. Dans les deux cas, il faillit à assumer ses responsabilités, ce qui nous laisse au final un peu sans réponse quant à ses motivations profondes. Mal reçu, autant par la critique que par le public, le Mary Shelly’s Frankestein de Kenneth Branagh avait pourtant mieux réussi à cerner les volontés adverses et les ambitions contradictoires du jeune chercheur.

Mais ce n’est pas si grave parce que, comme je l’ai dit plus tôt, c’est à la créature qu’on s’intéresse. Et c’est peut-être ici l’élément qui justifie cette adaptation contemporaine, à une époque où l’œuvre d’Ann Rice et les séries comme True Blood (et même maintenant les films de zombies) nous ont habitués à éprouver une certaine sympathie pour les monstres, voir même à se reconnaître en eux.

Et ici, on n’est pas déçu. Soir après soir, deux comédiens s’échangent les personnages de Victor et de la créature. On est d’abord témoin d’une transformation fascinante tout au long de la pièce. De la naissance de la bête, où on assiste aux douloureux spasmes par lesquels elle tente de prendre le contrôle de son corps – l’intimité d’une salle de théâtre rend même ce moment pénible pour le spectateur – jusqu’à la construction d’un langage hachuré, inimitable. On est sans voix devantle degré de maîtrise et la cohérence, d’une scène à l’autre, de l’interprétation conçue par les comédiens. La relation qui s’installe alors entre les deux personnages principaux devient alors fascinante à étudier, tant ils se complètent et se répondent par leurs gestes, comme un miroir. Le paradoxe entre le scientifique incapable d’aimer et sa créature qui ne demande qu’à l’être apparaît et devient un nouveau thème de l’œuvre… Au point où l’analyse du langage théâtral de chacun des comédiens devient à ce point obsédante qu’on en oublie un peu l’histoire.

Frankenstein aborde beaucoup de thèmes (éthique scientifique, les préjugés, l’apparence, le rejet, la connaissance, j’en passe…) et ne parvient pas bien à tous les couvrir. Mais on aime quand même, ne serait-ce que pour le brio et la passion investie dans le projet par les deux comédiens vedettes (Ils s’appellent Christian Michaud et Étienne Pilon). Le jeu des autres comédiens (on y aperçoit entre autre avec bonheur Pierre Colin, Pierre Chagnon et Eliot Laprise – avec qui je suis allé au secondaire!) est généralement irréprochables, à plus fortes raisons qu’on s’imagine que l’alternance des interprètes a du exiger un effort supplémentaire à toute la troupe.

Dans sa critique, Le Soleil déplorait « les décors en primascolor », mais mon accompagnatrice et moi avons plutôt trouvé que l’impressionnante installation scénique de la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre avait été assez bien exploitée par l’équipe scénographique.

Au final, Frankenstein est une pièce qui pose beaucoup de questions et qui offre peu de réponses… Pourquoi, donc, avoir tiré cette œuvre du néant? Peut-être justement pour qu’on se pose la question. N’est-ce pas là une des principales fonctions du théâtre?

Il reste quatre représentations pour aller le voir.

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